Déficit à 3% du PIB ou comment PARTAGER NOS DEPENSES… avec les générations futures

25.07.12

Nirvana Le seuil de 3% n’est pas un graal : s’en contenter dans la durée c’est avec certitude faire payer aux générations futures notre « modèle » (social ?). Ce seuil génère autant de dette quel que soit le niveau de dépenses et quel que soit le niveau de croissance. Démonstration.

Le critère de Maastricht sur le déficit est le fruit d’une annonce de confort d’août 1982, alors que les dépenses dérapent : on ose pour la première fois minimiser le poids du déficit en le ramenant à une valeur tellement plus grande (le PIB) qu’il pourrait en paraître insignifiant… sans s’interroger sur la pertinence du ratio.  A l’automne, les ministres des finances et du budget de l’époque sanctuarisent cette règle franco-française : la règle d’or du 3% est née, elle s’impose dans les esprits (et plus tard dans les traités européens) sans n’être plus questionnée.

Pour comprendre si elle a un sens, comparons deux pays imaginaires : La République des Fourmis et et la Confédération des Cigales.

Les deux pays ont le même PIB de 100. Les Cigales financent leur train de vie par des prélèvements qui atteignent 60% du PIB, les fourmis se contentent d’un modeste 30%.
Les contraindre à 3% de déficit, c’est imposer des dépenses ne dépassant pas 63 chez les Cigales et 33 chez les fourmis.  Dans les deux cas, pas de réelle différence : on a fabriqué 3 de dette, car il a fallu emprunter pour financer l’impasse.

Il parait que c’est la croissance qui aidera nos deux pays ?

Supposons que – nonobstant leurs choix économiques –  les deux modèles génèrent une  croissance équivalente de 4% (il n’est pas interdit de rêver : c’est la croissance mondiale).  Le PIB atteint 104, la « règle d’or » autorise donc 3,12 de déficit.

Toutes choses égales par ailleurs, le gouvernement des Cigales voit ses ressources augmenter à 62,4 (104 x 60%) et ses dépenses « autorisées » à 65.52 (104 x 60% + 3,12).

Le gouvernement des Fourmis voit ses ressources augmentées à 31,2 (104 x 30%) et ses dépenses « autorisées » à 34.32 (104 x 30% + 3,12).

Dans les deux cas, ancrer son budget sur la règle d’or signifie que les ressources supplémentaires générées par la croissance ne sont pas recyclées en remboursements mais converties mécaniquement en dépenses publiques supplémentaires.  Dans les deux cas, la dette a augmenté de 3,12 et atteint 6,12. Dette qu’il faudra bien rembourser un jour.

Deux conclusions s’imposent alors sur cette règle dite d’or, mais qui a le poids du plomb :
– elle génère autant de dette quel que soit le niveau de dépenses ;
– elle génère autant de dette même si la croissance est au rendez-vous ;

Tout se passe comme si l’on confondait un plafond théorique conjoncturel (dont la période récente montre qu’il a de toute façon ses limites en situation de crise aiguë) et une norme intangible de vertu budgétaire, ce qu’elle n’a jamais été et ne sera jamais.

La seule différence entre les deux pays, c’est que la République des Fourmis a plus de latitude pour augmenter ses prélèvements si elle souhaite rembourser sa dette.  En maintenant ses dépenses, si sa ponction sur la richesse produite annuellement passe exceptionnellement à 40% sur un seul exercice, la dette est oubliée (NB : grâce à un excédent bien éloigné du fameux critère)… pour les Cigales, il faudrait plutôt se poser la question de diminuer la dépense (ce qui est toujours plus difficile à faire). C’est aussi ce qui explique que les prêteurs feront durablement plus confiance à l’un qu’à l’autre… même si tous les deux respectent ce « critère de Maastricht ».

Mauvaise nouvelle pour notre système de retraite : cette analyse pourrait se transposer sans difficulté sur la gestion nos régimes sociaux, telle qu’elle est pratiquée avec constance par nos politiques de tous bords.


Par 
Expert en Retraite
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